Versailles a commencé comme un marécage propice à la chasse. Devenir le centre politique de l'Europe pendant un siècle, le modèle copié par tous les monarques ambitieux, de Potsdam à Saint-Pétersbourg, est l'œuvre de la volonté d'un seul roi et de cinquante ans de travaux.
Connaître l'histoire transforme la visite. La galerie des Glaces est impressionnante en tant que décor ; en tant que salle où l'unification allemande fut proclamée en 1871 et où la Première Guerre mondiale prit officiellement fin en 1919, elle devient inoubliable.
Du pavillon de chasse au château, 1623 à 1682
Louis XIII fit construire un modeste pavillon de chasse en brique à Versailles en 1623. Son fils Louis XIV, marqué enfant par un soulèvement de la noblesse à Paris appelé la Fronde, décida d'éloigner le pouvoir de la capitale et de ses foules. Dès 1661, il agrandit sans relâche le pavillon, employant l'architecte Louis Le Vau, le peintre Charles Le Brun et le jardinier André Le Nôtre.
En 1682, Louis fit de Versailles le siège officiel du gouvernement. Jusqu'à 10 000 courtisans, ministres et serviteurs vivaient sur place. Contraindre la noblesse à résider à la cour, à se disputer l'honneur de tendre sa chemise au roi, était une politique délibérée : des aristocrates occupés par l'étiquette ne levaient pas d'armées dans leurs provinces.
La machine de la monarchie absolue
La vie à Versailles fonctionnait sur le rythme du cérémonial. Le lever du roi et son coucher étaient des mises en scène publiques avec des privilèges de rang. La galerie des Glaces, achevée en 1684 avec 357 miroirs à une époque où le miroir coûtait plus cher que la peinture, existait pour impressionner les ambassadeurs avant même le début des négociations.
Louis XV et Louis XVI ajoutèrent des recoins privés pour échapper à la machine : le Petit Trianon, l'opéra, des appartements cachés derrière les salles d'apparat. L'isolement de la cour par rapport à la France ordinaire grandissait au même rythme que son raffinement, un fait que les années 1780 allaient faire payer.
Marie-Antoinette et la Révolution
Marie-Antoinette arriva d'Autriche à 14 ans pour épouser le futur Louis XVI. L'étiquette de Versailles l'étouffait, et le Petit Trianon ainsi que son hameau devinrent un monde privé où les listes d'invités ignoraient le rang, ce que la noblesse exclue ne lui pardonna jamais.
Le 5 octobre 1789, une foule de femmes du marché parisien marcha sur Versailles pour réclamer du pain. Le lendemain, la famille royale fut escortée jusqu'à Paris, pour ne jamais revenir en tant que souverains. Le mobilier du château fut vendu aux enchères par la Révolution ; les bâtiments survécurent en grande partie faute d'accord sur ce qu'il fallait en faire.
Du palais royal à la scène mondiale
Louis-Philippe sauva le château en 1837 en le transformant en musée dédié à toutes les gloires de la France. L'histoire n'a cessé de choisir la galerie des Glaces : l'Empire allemand y fut proclamé en 1871 après la défaite française, et les Alliés choisirent délibérément la même salle pour signer le traité de Versailles le 28 juin 1919.
Aujourd'hui, le domaine est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO et accueille environ 8 millions de visiteurs par an, avec des travaux de restauration en permanence. Le bassin de Latone, la grille royale, détruite pendant la Révolution et reconstruite en 2008, et les jardins replantés font que le visiteur d'aujourd'hui voit sans doute Versailles plus proche de la vision de Louis XIV qu'aucune génération depuis 1789.